Réunis en assemblée régionale le 4 juin, les assistants(es) sociales et les secrétaires du service social de la CRAM et les CPAM ont largement débattu de leur avenir, de leur métier et de ce que l’on exige d’eux.
Large constat, plus de missions, moins de moyens, cela se traduit par plus de difficultés à répondre physiquement à des assurés sociaux malades, invalides ou retraités, vivants avec des minimas sociaux qui nécessitent une réponse rapide.
Même s’ils ont conscience que les usagers peuvent être pénalisés, ils n’ont d’autre choix, pour obtenir des moyens que l’action et la grève, car même si le nombre d’assurés sociaux est maintenu, pour les secrétaires, 1 sur 2 ne seront pas remplacés à chaque départ à la retraite.
Vous trouverez ci-dessous leur lettre ouverte aux administrateurs de la CRAMA et à sa direction.
Patrick GRATCHOFF
Administrateur CRAMA.
Mesdames, Messieurs les administrateurs de la CRAMA,
Suite au mouvement de grève du service social régional du 18.06.09 qui a mobilisé en grand nombre les assistants sociaux (AS) et les secrétaires du service social de la CRAM Aquitaine (83% selon la Direction), nous interpellons le Conseil d’Administration quant à la dégradation de nos conditions de travail et du service rendu aux assurés du Régime Général.
Aujourd’hui, nous sommes très préoccupés par la logique du tout quantitatif qui tend à se généraliser dans nos services.
L’apparition des programmes nationaux couplée à l’incessante hémorragie des effectifs (remplacement des secrétaires à hauteur de 50% suite aux départs en retraite – suppression d’un poste d’AS à AGEN non remplacement des congés maternité et sans solde) favorisent cette tendance inquiétante.
D’une part, les secrétaires reçoivent des injonctions fortes de saisies de données chiffrées exclusivement administratives auxquelles s’ajoutent des astreintes téléphoniques au détriment de la réalisation de tâches qui leur étaient jusqu’alors réservées (accomplissement de certaines démarches pour favoriser l’avancée d’un accompagnement social, classement des dossiers, préparation de permanences, réponses techniques et adaptées aux usagers du service social ).
Ajoutons que ces contraintes génèrent un véritable glissement de ces tâches vers les assistants sociaux.
D’autre part, les assistants sociaux doivent faire face à une multiplication de tâches supplémentaires en sus de l’accompagnement social de publics fragilisés aux situations complexes requérant un véritable diagnostic social s’élaborant dans le temps (augmentation de 20% des prises en charge pour certains départements).
Ainsi, les assistants sociaux sont confinés à un poste d’exécutants. En limitant leur rôle d’expertise sociale, ils sont soumis à une pression institutionnelle pour réaliser de plus en plus de tâches administratives fort éloignées du travail social.
Depuis avril 2009, les commandes institutionnelles se multiplient. Certaines visent à un abattage de masse que nous dénonçons.
En résumé, ci après, la liste des tâches supplémentaires qui nous incombent et représentent un surplus d’activité sans aucune contrepartie en terme de création de postes.
- « Expérimentation » ORACES d’avril à septembre 2009.
Face à la sous utilisation des Centres d’Examen de Santé des CPAM, les assistants sociaux ont été réquisitionnés pour compléter des questionnaires incitant les assurés à passer un bilan de santé. Cette tâche supplémentaire nécessite de prolonger l’entretien initial d’un quart d’heure par personne.
- « Expérimentation » des Réunions d’informations collectives (RIC) pour les bénéficiaires de l’Aide à la Complémentaire Santé (ACS).
Cette expérience présentée comme un projet spécifique pour chaque territoire d’intervention se résume par des invitations collectives à des réunions d’informations.
Elles se révèlent totalement inadaptée au regard de la faible participation des assurés (moyenne de 7,5%………)
Forts de ce constat, les A.S.ne cessent de dénoncer auprès de leur encadrement direct l’inutilité de ces réunions qui les mobilisent sur des demi journée, sans compter le temps de préparation assumé par les secrétaires (saisies de données avant et après les réunions, gestions statistiques, compte rendus).
Ainsi, ce dispositif, ne répond en rien aux attentes des assurés.
Pour quelle raison, ces rencontres axées sur la nécessité d’adhérer à une complémentaire santé, via l’ ACS ne sont-elles pas proposées par la CPAM, à l’origine du dispositif. ?
En effet, nous sommes nombreux à nous interroger sur la finalité de notre rôle dans cette démarche , qui s’apparente à une opération marketing de promotion des mutuelles
- « L’engagement » du service social à instruire des demandes de prestations de compensations du handicap (PCH) jusqu’alors réalisées par les professionnels des MDPH , spécifiquement formé à une approche du handicap .
Or, la complexité de ce nouveau dispositif (loi 2005) place les AS en difficulté car ils le pratiquent peu et n’ont pas bénéficié de formation particulière pour compléter efficacement un document de 50 pages qui appelle une pluralité de compétences professionnelles.
Cette nouvelle obligation pour les AS génère une charge de travail importante pour l’instruction de chaque dossier .
Il s’agit d’une évaluation qui exige une demi-journée au domicile de la personne à laquelle s’ajoute un temps de traitement du dossier : sa formalisation ,le contact avec les associations et prestataires de services, le montage financier, la concertation avec les partenaires, et une réévaluation si nécessaire.
- « L’instruction » des plans d’aide personnalisés (PAP) est de loin la disposition la plus récente qui suscite un profond mécontentement.
Si dans les années 1970, les services sociaux CRAM étaient impliqués dans une politique innovante de maintien à domicile des personnes âgées, ils sont aujourd’hui instrumentalisés pour réaliser des plans d’aide au moindre coût.
Au cours des trois dernières années, l’instruction des PAP était dévolue aux associations ou aux clics, qui avaient recours à des agents évaluateurs En contre partie la crama finançait chaque évaluation ( 100 euros, puis 140 euros en 2008.).
De nouveau, face à la pénurie des moyens, la CRAMA sollicite les assistants sociaux pour l’instruction de ces dossiers.
Nous nous insurgeons contre cette directive pour laquelle nous n’avons jamais été concertés.
Le budget alloué à chaque situation étant insuffisant, « l’évaluation » se cantonne à la mise en place d’une prise en charge limitée sans répondre aux besoins réels et spécifiques de chaque personne âgée.
Ainsi , le traitement des PAP ne relève pas d’une évaluation sociale , mais d’un traitement exclusivement administratif et financier .
Il s’agit là encore d’une dérive du travail social qui va générer une montée en charge de la masse de travail, sans effectif supplémentaire.
En conclusion, nous nous questionnons sur ces différentes injonctions qui mettent en difficultés l’ensemble du service et l’éloigne des usagers .
Résumer notre rôle à l’instruction de dossiers administratifs, à l’abattage de masse par les PROGRAMMES, n’est il pas réducteur et dévalorisant, voire disqualifiant pour une profession à l’interface de l’économique, du politique et des sciences humaines ?
L’ensemble de ces directives laissent entrevoir un appauvrissement du métier d’assistante sociale dont l’essence même trouve son sens dans l’écoute et l’accompagnement social individuel des personnes en situation de fragilité.
Toutefois, le travail social ne se limite pas au seul travail individualisé. Il s’attache également à favoriser l’émergence de problématiques des usagers, faisant appel à la mise en oeuvre de travail collectif structuré, réfléchi, et consenti avec les assurés.
Cette spécificité du métier d’assistant social est aujourd’hui fort malmenée par les directives de la CNAM et de la CNAV. Elles organisent des dispositifs d’uniformisation à destination des services et des usagers, totalement à l’encontre de leur intérêt et inapplicables sur le terrain.
L’adhésion, sans distanciation, de notre hiérarchie directe, aux injonctions nationales, participe aux dérives de la pratique du métier d’assistante sociale, et disqualifie le service social dans son ensemble.
Aujourd’hui, les nouvelles orientations ne permettent pas de répondre aux besoins réels des usagers.
Ce déni institutionnel engendre une perte de sens à l’origine d’un profond malaise chez les assistants sociaux et les secrétaires de tous les services de la crama qui refusent la mise en concurrence systématique ; et encore moins de cautionner la « casse » du service social.
Au vu de ces évolutions inquiétantes, nous demandons à chaque administrateur de se saisir de ces problématiques qui mettent en péril le devenir du SERVICE SOCIAL de la CRAM au service des usagers.
Recevez, Madame, Monsieur, les Administrateurs, l’assurance de nos respectueuses salutations.
Bordeaux le 25 juin 2009.
Comité Régional CGT Aquitaine