Transport en Aquitaine
Séance plénière du 19 décembre 08
Monsieur Le Président,
Chers Collègues,
Pour la CGT, tant le rapport que l’avis qui en est issu sont loin, très loin de nous satisfaire. En effet, cette actualisation du rapport de 2003 devait permettre, ainsi qu’il est rappelé dans son préambule, de faire le point sur l’avancement des projets mis en œuvre, et surtout, à l’aube d’un nouveau contexte sociétal, économique, institutionnel, environnemental, de revisiter les projets et priorités de 2003. Pour rappel, dans ses conclusions sur le chapitre "Transports", le Grenelle préconise, je cite : "une rupture indispensable, et un changement radical de stratégie."
Or, si l’état des lieux des « coups partis » nous paraît correct et exhaustif, en revanche, la revisite des perspectives et objectifs en matière d’Infrastructures de transports en Aquitaine n’est quasiment pas effectuée car elle aurait nécessité une autre logique d’analyse et une modification de l’ordre des priorités.
De ce point de vue, rien n’a vraiment bougé :
- la priorité au routier régional, national et transnational reste la principale perspective clairement tracée sans tenir pleinement compte des besoins exprimés par les salariés et la population, et des enjeux du développement durable.
D’un triple point de vue, nous ne pouvons approuver cet avis :
1) En matière de projets d’infrastructures, la persistance à maintenir les « projets routes » coûte que coûte au détriment du fer ,du maritime, du report modal malgré les objectifs ambitieux du « Grenelle de l’environnement » (en particulier la réduction de 20% des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2020) ; l’utilisation de la gare de triage d’Hourcade, la réouverture de la ligne SNCF Agen-Villeneuve, la desserte du Nord-Est de la Gironde, entre autre, ne sont même pas évoquées. Pourtant, le développement du trafic TER a démontré qu’il correspondait à une attente des Aquitains, tout comme les nouveaux transports urbains comme le tram sur la CUB. Dans le même temps, il est réintroduit une perspective de contournement routier de Bordeaux, projet pourtant clairement abandonné par l’État au nom même des objectifs du « Grenelle de l’Environnement ».
2) En matière de financement, sont essentiellement avancés le partenariat privé-public, la concession pour la gestion des équipements. Ces modes de financement sont présentés comme des innovations financières pour compenser et masquer le désengagement massif de l’État et la communauté européenne sur les investissements d’infrastructures à vocation nationale ou européenne. Ce choix risque d’accentuer la déréglementation et la dérégulation alors même que le secteur des transports, secteur d’intérêt général par excellence, doit procéder d’une réelle maîtrise publique.
Il serait temps de créer un Fonds National géré démocratiquement, en appui sur un pôle public bancaire, pour financer les grandes infrastructures de dimension nationale et internationale et un Fonds Régional pour les infrastructures de l’Aquitaine.
3) En matière d’aménagement du territoire: les principes de rééquilibrage des territoires et de leurs développements semblent abandonnés ou ignorés : on ne modifie pas l’existant et les tendances en cours, on s’y adapte. La mobilité durable n’est-ce pas pourtant aussi revisiter la nature des déplacements, et si besoin en réduire un certain nombre ? En rapprochant les lieux de travail des lieux d’habitation, en rapprochant les lieux de production des lieux de consommation, en réinterrogeant un certain nombre de modèles économiques, en luttant contre l’étalement urbain etc.…
Bien sûr, tout en matière de développement durable ne dépend pas des choix d’infrastructures de transports. Mais ceux-ci ne sont pas neutres et doivent s’inscrire dans une nouvelle logique de développement économique, sociale, environnementale et territoriale.
Dans son rapport sur la loi de programme mettant en œuvre « le Grenelle de l’Environnement », le Conseil Economique Social et Environnemental National déclare qu’en matière de transports « la lutte contre le réchauffement climatique constitue pour le CESE une priorité majeure ». À partir de cet objectif essentiel, n’est-il pas temps de revoir l’ordre des priorités, les financements nécessaires et notre grille d’analyse ?
Dans son rapport et son avis, le CES d’Aquitaine ne prend pas ce chemin.
Merci de votre attention
Dominique BARBE
Comité Régional CGT Aquitaine